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Octobre 1996 : La revue de presse

Publié le 4 octobre 2026 par @daryl

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PC Team — n°017 Joystick — n°075 Génération 4 — n°092

Octobre 1996 marque un moment charnière pour le jeu PC. Windows 95 a installé son écosystème depuis un an, les CD-ROM sont devenus la norme, et la 3D accélérée commence doucement à s'imposer. Trois rédactions françaises dressent le portrait du mois : Génération 4 (16 tests, barème /6), PC Team (14 tests, /100) et Joystick (22 tests, /100). Soit 52 opinions critiques au total, dont seulement trois jeux communs. Cette dispersion révèle déjà la fragmentation d'un marché en pleine mutation.

Les incontestables : quand les trois rédactions s'accordent

Sur cinquante-deux tests combinés, trois titres apparaissent dans les trois magazines. C'est peu, mais ces recoupements disent beaucoup du paysage éditorial de l'époque.

Down in the dumps est le seul véritable consensus. PC Team lui donne 95 %, Joystick 92 %, Génération 4 5/6 (≈83 %). Cette aventure pointer-cliquer au ton cartoonesque, développée par le studio français Haiku Studios et éditée par Philips Media, raconte les mésaventures de la famille Blub, des extraterrestres installés dans une décharge où ils récupèrent pièce par pièce de quoi reconstruire leur vaisseau. L'univers décalé et la direction artistique façon dessin animé séduisent les trois rédactions, avec une fourchette de notes resserrée à 12 points. Ce n'est pas le hit le mieux noté du mois, mais c'est le plus consensuel

Zork Nemesis - The Forbidden Lands franchit la barre des 5/6 chez Génération 4 (83 %) et 92 % chez Joystick. PC Team ne le teste pas ce mois-ci.
Développé par Zombie et publié par Activision, c'est le deuxième Zork de l'ère Activision après Return to Zork (1993), et le premier de la série à ne plus paraître sous le label Infocom. Loin de l'ironie des épisodes classiques, cette aventure graphique à la première personne, dans la veine de Myst, mise sur une ambiance sombre et gothique, des décors précalculés soignés et des acteurs filmés en prises de vue réelles. Les scores élevés montrent que la vénérable licence, née dans le texte, avait réussi sa mue multimédia sans perdre son public.

Les hits du mois : qui a vraiment dominé ?

Chez PC Team, l'éditorial est clair : aucune note sous 80 %. Les sommets sont occupés par Down in the Dumps (95 %), Monty Python & the Quest for the Holy Grail (94 %), Tex Murphy: The Pandora Directive (94 %) et Age of rifles (92 %). La rédaction privilégie les aventures graphiques, les simulations nicheuses et les titres à forte identité artistique. Les courses (Monster Truck Madness, 90 %) et les FPS (Crusader: No Regret, 90 %) y trouvent aussi leur place.

Joystick présente une distribution différente. Avec vingt-deux tests, c'est la rédaction la plus active. Les sommets : Genewars (95 %), Super EF2000 (93 %), Down in the Dumps (92 %) et Zork Nemesis (92 %). Contrairement à PC Team, Joystick explore davantage la simulation militaire et la stratégie temps réel. Il note aussi le pire flop du trio : Fort Boyard : La légende à 10 %, une condamnation sans appel pour la licence dérivée de l'émission TV.

Génération 4 adopte le barème le plus sévère : aucun 6/6, seulement trois jeux au 5/6. Les sommets : Zork Nemesis (5/6), Meridian 59 (5/6 pour le premier MMO commercial) et Down in the Dumps (5/6). La rédaction sanctionne durement quatre titres à 2/6 : Bedlam, Scorched Planet, Age of Rifles et... aucune autre mention basse. Cela suggère un filtre éditorial qui sélectionne des jeux d'abord, puis applique une grille exigeante.

Les scandales de notation : quand le même jeu divise

Le cas Bedlam illustre parfaitement les divergences du mois. PC Team : 87 %. Joystick : 80 %. Génération 4 : 2/6 (soit 33%). Un écart de 54 points pour le même jeu. Développé par le studio britannique Mirage Technologies et édité par GT Interactive, Bedlam est un jeu d'action isométrique situé dans un futur post-apocalyptique : le joueur dirige un escadron de trois chars d'assaut télécommandés face aux hordes de créatures mutantes Biomex. Le désaccord entre rédactions pointe une question fondamentale : un jeu d'action arcade doit-il être jugé sur son fun immédiat (PC Team/Joystick) ou sur sa profondeur et sa variété à long terme (Génération 4) ? La réponse dépendait du rédacteur en face.

Age of Rifles 1846-1905 offre un contre-exemple tout aussi radical. PC Team : 92 %. Joystick : 85 %. Génération 4 : 2/6 (33 %). Le paradoxe s'explique par le profil du testeur. G4 a probablement sanctionné la courbe d'apprentissage abrupte, l'interface austère et l'absence de tutoriel. Les deux autres ont valorisé la puissance du moteur de simulation et la fidélité historique (guerre 1846–1905). Un wargame ne se joue pas pareil selon qu'on vient de Civilization ou de Warcraft.

Crusader: No Regret confirme le clivage. PC Team : 90 %. Génération 4 : 3/6. Issu de Origin Systems (créateurs de Wing Commander), ce jeu d'action isométrique, suite directe de No Remorse, se déroule dans une base lunaire dystopique. La haute note de PC Team récompense probablement l'inventivité des niveaux et l'humour noir. La moyenne de G4 reflète un ressenti différent : peut-être des mecaniques jugées trop classiques pour le genre, ou une campagne insuffisamment longue pour justifier l'investissement.

Les surprises et découvertes

Plusieurs titres méritent d'être signalés pour leur originalité ou leur singularité dans la sélection du mois.

Meridian 59 (Génération 4 : 5/6) : Le premier MMORPG 3D commercial. Sa note élevée indique que les rédactions prenaient la mesure du phénomène à venir, même si le concept restait marginal.

Monty Python & the Quest for the Holy Grail (PC Team : 94 %) : Une aventure basée sur la troupe britannique, avec un humour absurde qui traverse bien l'adaptation interactive. Un succès de niche qui confirme l'importance des licences cultes.

Creatures (Joystick : 90 %) : Le simulateur d'IA où l'on élève des "Norns" capables d’apprendre, de communiquer et d’interagir avec leur environnement. Son inclusion dans la sélection prouve que l'intérêt pour la simulation algorithmique commençait à émerger.

Strife: Quest for the Sigil (Joystick : 70 %) : Un FPS-RPG hybride qui anticipe Deus Ex. Note moyenne mais présence remarquée dans un milieu dominé par des clones de Doom dont il utilise le moteur. Il se distingue par son monde ouvert, ses dialogues avec des PNJ et ses choix narratifs influençant la fin du jeu, dans un univers mêlant futurisme et médiéval. Malgré des limites graphiques, il est aujourd'hui reconnu comme précurseur des FPS narratifs.

Ce que révèle cette revue de presse d'octobre 1996

La subjectivité des rédactions dépasse celle des jeux. Un même titre varie de 33 à 95 points selon le magazine. Ce n'est pas une erreur, c'est structurel. Chaque rédaction avait son public cible, ses critères internes, parfois ses liens éditoriaux avec les éditeurs. PC Team semble avoir favorisé l'optimisme, Joystick la diversité, Génération 4 l'exigence.

Verdict final

Octobre 1996 est un mois solide pour le PC, avec des titres qui ont marqué durablement (Down in the Dumps, Zork Nemesis, Genewars). Les lecteurs de l'époque disposaient de trois opinions distinctes, chacune utile selon leurs attentes. Aujourd'hui, ces écarts semblent extravagants, mais ils rappellent que le jeu vidéo n'était pas encore standardisé : chaque magazine jouait ses propres règles, et c'était cette fragmentation qui rendait la critique intéressante.

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